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mardi 23 août 2016

Des labbes… et pas n’importe lesquels!

Nous espérions bien que le temps relativement sec de vendredi allait se poursuivre jusqu’à samedi en mi-journée. Un vent presque nul était aussi annoncé pour samedi matin, ce qui serait déjà nettement mieux pour nous que le sud-ouest prévu pour le reste de la journée ainsi que pour dimanche. Notre décision était donc prise : samedi, on va à Rivière-Ouelle! L’excursion de dimanche vers l’intérieur des terres sera consacrée aux passereaux.

Mais voilà qu’à 4 h 30 samedi matin, un brouillard très dense flottait sur La Pocatière! Il était tout de même possible de discerner la lune, ce qui nous laissait espérer qu’il n’était pas très épais et qu’il ne recouvrait que l’intérieur des terres… Nous nous sommes donc mis en route pour Rivière-Ouelle pour nous retrouver, comme à La Pocatière, sous le brouillard. La visibilité nulle nous empêchant de commencer l’excursion par le quai comme c’est notre habitude, nous avons opté pour les zones boisées et buissonneuses. Peut-être que les passereaux ayant migré durant la nuit ont réussi à rejoindre ces secteurs lorsque le brouillard s’est formé!?! Les arrêts ont été nombreux et parfois très fructueux, ce qui nous a fourni un bel assortiment de passereaux et même quelques limicoles sur les rives du fleuve.
Il était déjà 9 h 00 lorsque nous avons atteint le quai. Il est extrêmement rare que nous arrivions au quai aussi tardivement et notre ambition à une telle heure était surtout d’ajouter un échantillon d’espèces aquatiques à notre liste de la matinée. À notre arrivée, le brouillard retraitait rapidement vers le large et la visibilité entre notre position et le mur de brume était étonnamment excellente. En nous installant au bout du quai, outre quelques cormorans, les deux premiers oiseaux observés ont été une Mouette tridactyle et un Fou de Bassan, deux espèces provenant de l’est qui nous laissaient rêver que des oiseaux pélagiques perdus dans le brouillard allaient peut-être se manifester. Mais, après deux Océanites cul-blanc il y a deux semaines et un Puffin des Anglais la semaine dernière, nous étions certains d’avoir épuisé notre part de chance pour les espèces de pleine mer! À ce moment, nous ne savions pas encore que nous allions faire une des observations les plus incroyables de nos carrières d’observateurs d’oiseaux!...
Une fois au bout du quai, bien installés sur nos fidèles petits bancs et les télescopes pointés vers le large, nous avons repris notre routine habituelle qui consiste à essayer d’identifier tous les oiseaux, même ceux qui circulent les plus loin au large. Compte tenu de l’heure, tout était plutôt calme, mais quelques fous qui remontaient lentement le fleuve gardaient nos sens en éveil. Puis, à 9 h 50, j’ai remarqué au loin un oiseau très élancé au vol léger qui se dirigeait rapidement vers le nord-est. En l’indiquant à Christiane, j’ai poussé l’oculaire de mon télescope de 20 à 60X pour confirmer qu’il s’agissait d’un labbe. Déjà, au tout premier coup d’œil, le labbe m’avait paru trop élancé pour un Labbe parasite mais, en le regardant en détail, l’absence complète de bande pectorale et, plus encore, de zone blanche sur et sous les primaires nous a rapidement permis de confirmer que nous avions affaire à un Labbe à longue queue adulte! Nous l’avons suivi alors qu’il filait vers le nord-est d’un vol très léger, comparable à celui d’une sterne. Il longeait la jonction entre deux courants où il descendait parfois cueillir quelque chose à la surface de l’eau avant de continuer sa route. Le labbe a fini par rejoindre un petit groupe de goélands posés à l’eau au nord de notre position. Il a alors commencé à faire des allers-retours dans ce secteur tout en allant régulièrement ramasser de la nourriture sur l’eau sans se poser. À aucun moment il n’a attaqué les goélands passant en vol près de lui comme l’aurait fait un Labbe parasite. Nous étions déjà surexcités par cette observation lorsqu’un deuxième Labbe à longue queue est venu rejoindre le premier!!! Les deux oiseaux se suivaient souvent de très près et, de cet angle, il était parfois possible de voir le contraste entre les couvertures sus-alaires plus pâles et les rémiges primaires et secondaires plus sombres.
Après cinq minutes d’observation, nous avons laissé les labbes pour repointer nos télescopes droit devant nous. Nous parlions encore de ce dont nous venions d’être témoins lorsque, à 10 h 15, les deux labbes sont repassés devant nous, cette fois en direction sud-ouest et en s’approchant de la rive! Les détails physiques notés plus tôt étaient encore bien visibles, tout comme leur mode d’alimentation typique de l’espèce. Après quelques instants, les oiseaux ont fait demi-tour pour redescendre vers le nord-est. Nous avons de nouveau braqué les télescopes devant nous pour attendre le passage des labbes. Il était 10 h 25 lorsque les deux oiseaux sont réapparus, produisant encore une fois une forte dose d’adrénaline! Les labbes avaient rejoint la ligne de courants et nous nous sommes gâtés en suivant longuement leurs déplacements (les rencontres avec cette espèce sont tellement rares…!). C’est alors que l’impossible s’est produit : un troisième, puis un quatrième Labbe à longue queue se sont joints au mouvement des deux premiers, suivis d’un cinquième, d’un sixième et d’un septième!!! Puisque tous ces oiseaux se dirigeaient vers le nord-est, nous avons fait pivoter lentement nos télescopes dans le sens opposé, ce qui nous a permis d’ajouter onze autres Labbes à longue queue!!!!! Ces 18 Labbes à longue queue se suivaient de très près puisqu’à ce moment, moins de 100 mètres séparaient le premier oiseau du dernier! Nous sommes demeurés sur place une heure supplémentaire à surveiller le large afin d’être certains que le passage du « groupe » était vraiment terminé. Durant cette heure (et en fait durant le reste de la fin de semaine), des questions telles : « Est-ce que nous avons rêvé??? » sont revenues continuellement!
Tous ces oiseaux nous ont semblé être des adultes (ou, du moins, il n’y avait aucun juvénile parmi eux) et portaient un plumage remarquablement similaire :
  • la calotte était noire
  • le dos et les couvertures sus-alaires étaient gris sombre
  • la face, la poitrine et le ventre étaient blanchâtres
  • aucune trace de bande pectorale n’était visible
  • les rémiges primaires et secondaires étaient noires sans trace de blanc sur et sous les primaires
  • le dessous des ailes était gris foncé uni et nous a d’ailleurs semblé être la partie la plus sombre après la calotte
  • les longues rectrices centrales caractéristiques de l’espèce n’ont pu être discernées chez les deux oiseaux que nous avons le mieux vus. Peut-être était-ce dû à la distance ou encore ces plumes étaient-elles brisées ou tombées comme c’est régulièrement le cas chez les adultes en automne? Pour les autres oiseaux, nous nous sommes surtout attardés aux détails de la poitrine et des ailes afin de confirmer l’identification et l’âge.

Il s’agit sans contredit d’une des observations les plus inusitées que nous ayons faites en plus de 40 ans d’ornithologie! Découvrir un Labbe à longue queue est déjà un événement en soit, en voir deux au cours d’une même excursion est exceptionnel, mais la possibilité d’en voir une telle quantité ne nous avait jamais effleuré l’esprit!
Qu’est-ce qui a bien pu pousser tous ces oiseaux jusqu’à Rivière-Ouelle? Il est évident que le brouillard a joué un rôle prépondérant, probablement jumelé au vent du nord-est (même s’il était léger) et à la marée montante en fin de nuit. À mon avis, les labbes ont été aussi surpris que nous de se retrouver au large du quai de Rivière-Ouelle lorsque le brouillard s’est dissipé. Arrivaient-ils de l’estuaire maritime ou encore de l’Arctique? S’ils provenaient de l’estuaire maritime, il m’apparaît surprenant qu’autant d’individus se soient retrouvés ensemble dans ce secteur au même moment. S’ils arrivaient directement de l’Arctique, ce n’est probablement qu’à leur arrivée au niveau du Saint-Laurent qu’ils ont rencontré le brouillard puisque le ciel était presque clair au-dessus de La Pocatière. Personnellement, c’est la deuxième option que je privilégie : ce groupe de Labbes à longue queue adultes a atteint le fleuve en fin de nuit, au moment où le brouillard était le plus intense et où la marée haute (la plus forte marée du mois a atteint son apogée à 5 h 41) associée au vent du nord-est laissait peut-être flotter une « odeur » de grand large qui a faussé l’orientation des oiseaux. Mais est-ce que les labbes migrent en groupe? Eh bien oui et des groupes migrateurs de 15 à 25 Labbes à longue queue ont déjà été rapportés. Du 6 au 11 août 1995, 850 adultes en migration ont même été comptés en Grande-Bretagne! Il serait surprenant que tous ces oiseaux aient été vus individuellement!
Nous avons eu encore une fois la confirmation que Rivière-Ouelle se trouve à un point stratégique pour l’observation des oiseaux de mer. Nous savons tous maintenant que le Labbe parasite peut y être observé en nombre inégalé ailleurs au Québec (voir ce message, cet autre ou encore celui-ci!). Il nous reste encore bien des choses à découvrir sur ce site et la façon dont de tels oiseaux pélagiques peuvent s’y retrouver mais, à partir de maintenant, je ne verrai plus jamais les matinées de brouillard de la même façon…!

Avant, pendant et après les Labbes à longue queue, nous avons observé 75 espèces à Rivière-Ouelle samedi le 20 août entre 5 h 15 et 12 h 00. En voici un large échantillon :
  • 37 Canards noirs
  • 1 Canard souchet
  • 2 Fuligules milouinans
  • 35 Eiders à duvet
  • 1 Macreuse à front blanc
  • 1 Macreuse brune
  • 22 Plongeons catmarins – Tous posés à l’eau, dérivant dans la ligne de courants que suivaient les fameux labbes.
  • 2 Plongeons huards
  • 10 Grèbes jougris – Seulement deux de ces oiseaux étaient en vol, les autres sont passés à l’eau devant le quai en duo ou en trio. Il est plutôt rare de voir autant de grèbes posés au quai de Rivière-Ouelle, ce qui laisse encore croire à une migration interrompue.
  • 8 Fous de Bassan
  • 57 Cormorans à aigrettes
  • 22 Grands Hérons
  • 1 Marouette de Caroline – Le passage d’un Faucon émerillon chassant les libellules au-dessus d’un étang a provoqué les cris nerveux de la part d’une Marouette de Caroline. Merci à l’émerillon d’avoir fait réagir ce discret habitant des quenouilles!
  • 1 Pluvier argenté
  • 24 Pluviers semipalmés

Un adulte avec son plumage usé à gauche et un juvénile avec son plumage frais finemant liséré de blanc à droite.
Pluviers semipalmés (Semipalmated Plovers – Charadrius semipalmatus)
Rivière-Ouelle – 20 août 2016 © Claude Auchu
  • 2 Pluviers kildirs
  • 9 Chevaliers grivelés
  • 1 Chevalier solitaire
  • 2 Petits Chevaliers
  • 3 Tournepierres à collier
  • 1 Bécasseau sanderling
  • 3 Bécasseaux minuscules
  • 19 Bécasseaux semipalmés
  • 7 Bécassins roux

Bécassins roux (Short-billed Dowitchers – Limnodromus griseus)
Rivière-Ouelle – 20 août 2016 © Claude Auchu
  • 18 Labbes à longue queue – Il s’agit de la septième mention pour la région et la quatrième en août.
  • 2 Mouettes tridactyles
  • 2 Mouettes de Bonaparte
  • 500 Goélands à bec cerclé
  • 20 Goélands argentés
  • 7 Goélands marins
  • 4 Colibris à gorge rubis
  • 3 Pics flamboyants
  • 1 Grand Pic – Un oiseau était posé sur un fil électrique en plein champ!
  • 1 Crécerelle d’Amérique – Une crécerelle était perchée dans un arbuste tout près d’un Faucon émerillon. Il est plutôt rare qu’un oiseau ose s’approcher d’un émerillon, une espèce reconnue pour son caractère belliqueux!
  • 2 Faucons émerillons
  • 1 Moucherolle tchébec
  • 4 Hirondelles bicolores
  • 2 Hirondelles de rivage
  • 2 Hirondelles rustiques
  • 1 Grive fauve
  • 2 Parulines obscures
  • 1 Paruline à joues grises
  • 8 Parulines masquées
  • 7 Parulines flamboyantes

Paruline flamboyante (American Redstart – Setophaga ruticilla)
Rivière-Ouelle – 20 août 2016 © Claude Auchu
  • 3 Parulines tigrées
  • 1 Paruline à collier
  • 3 Parulines à tête cendrée
  • 1 Paruline à poitrine baie
  • 1 Paruline à croupion jaune
  • 2 Cardinaux à poitrine rose
  • 1 Tarin des pins
  • 30 Chardonnerets jaunes
  • 1 Gros-bec errant

Nous avions déjà réservé la matinée de dimanche matin pour une excursion à Saint-Onésime lorsque j’ai appris, vendredi, qu’une famille de Dindons sauvages fréquentait un secteur bien défini! Dans la région, le statut de ce gros gallinacé aux origines souvent douteuses se limite encore à celui de visiteur exceptionnel. En plus de quelques observations sans équivoques provenant principalement de la région de Saint-Pamphile, je connais plusieurs mentions de « seconde main » provenant de Rivière-Ouelle, Saint-Pacôme et Saint-Onésime. Il m’apparaît de plus en plus certain que le dindon fait vraiment partie de notre avifaune et pas seulement de façon exceptionnelle.
Malgré un petit détour de notre part dès le lever du soleil, nous n’avons pas réussi à trouver les dindons. Notre promenade s’est ensuite déroulée rondement malgré le vent qui soufflait furieusement du sud-ouest. Le nombre de parulines identifiées s’en est trouvé diminué; nous avons d’ailleurs réussi à identifier moins d’une dizaine d’individus d’un groupe de plus de 40 parulines qui a traversé une route devant nous.

Dimanche le 21 août, notre promenade à Saint-Onésime s’est tout de même terminée avec 56 espèces observées entre 5 h 50 et 11 h 20, comme, par exemple :
  • 1 Busard Saint-Martin
  • 1 Autour des palombes – Les rencontres avec ce rapace sont toujours fortuites. Dimanche, c’est un immature qui est venu nous surprendre.
  • 2 Chevaliers grivelés
  • 7 Colibris à gorge rubis – Nous sommes présentement dans la période de l’année où les colibris sont les plus abondants et ce fut bien évident dimanche matin. Aucun n’a pourtant été vu à un abreuvoir.
  • 1 Martin-pêcheur d’Amérique
  • 1 Pic maculé
  • 2 Pics mineurs
  • 1 Pic chevelu
  • 1 Pic flamboyant
  • 1 Crécerelle d’Amérique
  • 1 Faucon émerillon
  • 2 Moucherolles tchébecs
  • 1 Moucherolle phébi
  • 1 Viréo à tête bleue
  • 15 Viréos aux yeux rouges
  • 8 Geais bleus
  • 150 Corneilles d’Amérique – Nous avons fait notre entrée dans Saint-Onésime juste au moment où des corneilles quittaient leur dortoir!
  • 2 Hirondelles à front blanc
  • 3 Hirondelles rustiques
  • 17 Mésanges à tête noire
  • 12 Sittelles à poitrine rousse
  • 1 Grive fauve
  • 25 Merles d’Amérique
  • 8 Parulines obscures
  • 10 Parulines masquées
  • 2 Parulines flamboyantes
  • 11 Parulines tigrées – Voilà une espèce qui profite pleinement de l’invasion de Tordeuses de bourgeons de l’épinette qui sévit dans le nord et l’est du Québec!

Paruline tigrée (Cape May Warbler – Setophaga tigrina)
Saint-Onésime – 21 août 2016 © Claude Auchu
  • 4 Parulines à collier
  • 4 Parulines à tête cendrée
  • 5 Parulines à poitrine baie
  • 6 Parulines à gorge orangée
  • 1 Paruline jaune
  • 4 Parulines à flancs marron
  • 1 Paruline bleue
  • 1 Paruline à couronne rousse
  • 3 Parulines à croupion jaune
  • 3 Parulines à gorge noire

Paruline à gorge noire (Black-throated Green Warbler – Setophaga virens)
Saint-Onésime – 21 août 2016 © Claude Auchu
  • 3 Cardinaux à poitrine rose
  • 1 Goglu des prés
  • 75 Quiscales bronzés
  • 12 Roselins pourprés – Il est surprenant qu’aussi peu d’individus soient présents dans le village et les forêts de Saint-Onésime, surtout que j’en ai vu 20 dans une même mangeoire à La Pocatière durant l’après-midi!
  • 1 Bec-croisé bifascié
  • 16 Chardonnerets jaunes
  • 5 Gros-becs errants

Pour nous, cette fin de semaine passera à l’histoire comme étant celle des 18 Labbes à longue queue. Même munis de puissantes lunettes d’approche, les 14 kilomètres d’eau salée entre le quai de Rivière-Ouelle et Saint-Irénée, dans Charlevoix, offre amplement de cachettes aux espèces pélagiques. Nous savons bien que les trois ou quatre heures que nous y passons une seule matinée par semaine ne nous permet pas de tout voir. J’ose à peine imaginer ce que l’on manque…! 

mardi 26 juillet 2016

Une famille de Petites Nyctales à La Pocatière

La semaine dernière, comme il arrive parfois, j’ai reçu un courriel d’une lectrice de ce blogue me demandant de l’aider à identifier un oiseau. Elle m’a fourni l’enregistrement d’un cri qu’elle entend la nuit dans le boisé derrière chez elle, à La Pocatière, depuis une dizaine de jours. Une petite recherche sur le site de chants d’oiseaux Xeno-Canto nous a vite permis, à Christiane et à moi, de confirmer notre premier doute : il s’agit d’au moins deux Petites Nyctales juvéniles réclamant de la nourriture à grands cris! L’information était intéressante, mais pas exceptionnelle puisque ce petit hibou est un nicheur régulier, bien que peu commun, dans Kamouraska-L’Islet. C’est lorsque j’ai appris l’endroit exact où les nyctales étaient entendues que j’ai été vraiment surpris. Ces oiseaux n’ont pas niché dans les grandes forêts bordant la limite sud de La Pocatière comme je m’y attendais, mais plutôt le long d’une crête rocheuse située à moins de 900 mètres du fleuve et adjacente à la ville!!! Vraiment surprenant!!! Lors de mon passage à cet endroit, vendredi soir, au moins une jeune nyctale criait encore.
Samedi matin, notre premier objectif en débutant la journée était de patrouiller la partie de la crête rocheuse d’où provenaient les cris entendus la veille. Un miracle aurait été nécessaire pour trouver une des Petites Nyctales, mais je m’en serais voulu de ne pas avoir essayé. Le miracle ne s’étant pas produit, nous avons tout de même pu voir l’étrange habitat dans lequel les nyctales ont pourtant niché avec succès. La forêt du versant sud est surtout composée d’érables et de bouleaux de tailles variées, mais les conifères, sauf quelques Pins gris qui poussent sur le roc au sommet de la crête, y sont très rares. Maintenant, je dois réviser ma notion de ce qu’est l’habitat de nidification de la Petite Nyctale!

Notre tournée s’est poursuivie sur le territoire de La Pocatière où nous avons rencontré, au cours de l’avant midi du samedi 23 juillet, un petit total de 49 espèces. En voici une partie :
  • 16 Canards chipeaux
  • 1 Canard d’Amérique
  • 5 Canards colverts
  • 15 Canards souchets

« Oh! Regardez comme c’est mignon, ils ont le nez de leur mère! »
Canards souchets (Northern Shovelers – Anas clypeata)
La Pocatière – 23 juillet 2016 © Claude Auchu
  • 3 Busards Saint-Martin – Trois busards ensemble, les jeunes ont donc quitté leur nid.
  • 1 Crécerelle d’Amérique
  • 2 Tyrans tritris – Un groupe de corneilles a eu la mauvaise idée de se reposer près de ces deux féroces tritris. Plusieurs jeunes corneilles ont eu l’occasion d’apprendre pourquoi ils portent le nom de «  tyran »!
  • 12 Viréos aux yeux rouges
  • 55 Corneilles d’Amérique – Nous avons trouvé un nid de corneilles construit complètement à découvert au sommet d’un poteau électrique le long de la voie ferrée!!! Il s’agit sans doute d’un nid bricolé par de jeunes corneilles pas encore assez matures pour nicher. J’ai déjà vu à plusieurs reprises des nids de corneilles construits dans des arbustes, mais jamais auparavant sur un poteau!

Nid de Corneille d’Amérique (American Crow – Corvus brachyrynchos)
La Pocatière – 23 juillet 2016 © Claude Auchu
  • 3 Hirondelles bicolores
  • 39 Hirondelles rustiques – Il est toujours agréable de voir de belles bandes d’Hirondelles rustiques voler au-dessus des champs à la fin de l’été. Malgré le printemps tardif, la saison de nidification 2016 semble avoir été fructueuse.
  • 6 Grives solitaires
  • 23 Merles d’Amérique
  • 1 Moqueur chat
  • 25 Jaseurs d’Amérique
  • 14 Parulines masquées
  • 4 Parulines jaunes
  • 22 Bruants familiers
  • 15 Bruants des prés
  • 1 Bruant de Nelson
  • 33 Bruants chanteurs
  • 10 Bruants à gorge blanche
  • 2 Goglus des prés
  • 50 Quiscales bronzés

Dimanche matin, direction Rivière-Ouelle! Au lever du soleil, l’atmosphère y était particulièrement reposante : temps doux, presque aucun nuage et vent pratiquement nul. Au loin, les miaulements des Plongeons catmarins et les grognements des Mouettes de Bonaparte se mêlaient aux doux sifflements des familles d’Eiders à duvet. Après deux heures assis confortablement au bout du quai à compter les oiseaux circulant au large, nous sommes allés voir ce qui se passait dans les champs et les boisés.

Voici une liste partielle des 69 espèces rencontrées à Rivière-Ouelle dimanche le 24 juillet entre 5 h 00 et 10 h 50 :
  • 1 Fuligule milouinan
  • 88 Eiders à duvet
  • 7 Macreuses à front blanc
  • 6 Macreuses brunes
  • 3 Garrots à œil d’or
  • 60 Plongeons catmarins

Plongeons catmarins (Red-throated Loons – Gavia stellata)
Rivière-Ouelle – 24 juillet 2016 © Claude Auchu
  • 7 Plongeons huards
  • 90 Cormorans à aigrettes
  • 22 Grands Hérons
  • 1 Bihoreau gris – Le bihoreau est l’une des espèces dont la diminution dans la région au cours des 20 dernières années a été la plus notable. Cet adulte n’était pas présent sur les battures, mais pêchait paisiblement dans un fossé.
  • 6 Urubus à tête rouge – À l’opposé, l’urubu est sans contredit l’espèce dont l’augmentation du nombre d’individus est la plus notable.
  • 4 Busards Saint-Martin
  • 5 Pluviers semipalmés

Pluvier semipalmé (Semipalmated Plover – Charadrius semipalmatus)
Rivière-Ouelle – 24 juillet 2016 © Claude Auchu
  • 5 Chevaliers grivelés
  • 1 Chevalier solitaire
  • 1 Grand Chevalier
  • 1 Bécasseau minuscule
  • 1 Bécasseau à croupion blanc – Un oiseau relativement hâtif accompagnait quelques Bécasseaux semipalmés.
  • 9 Bécasseaux semipalmés
  • 1 Guillemot marmette
  • 1 Guillemot à miroir
  • 60 Mouettes de Bonaparte – Ces mouettes n’étaient pas les jeunes âgées d’un an qui ont passé une partie de l’été près du quai. Elles semblent maintenant s’être dispersées et seules quelques-unes étaient encore présentes dimanche. Les autres mouettes étaient surtout des adultes qui migraient vers l’est loin au large du quai.
  • 800 Goélands à bec cerclé
  • 1 Colibri à gorge rubis
  • 2 Pics mineurs
  • 5 Pics flamboyants
  • 1 Pioui de l’Est – Un mâle chantait encore dans le petit bosquet de saules où je l’avais trouvé le 11 juin dernier. Il a donc estivé dans ce drôle d’habitat.
  • 9 Moucherolles des aulnes
  • 2 Moucherolles phébis
  • 4 Tyrans tritris
  • 30 Hirondelles rustiques
  • 8 Sittelles à poitrine rousse
  • 4 Merlebleus de l’Est – Un des rares couples nicheurs à Rivière-Ouelle (sinon le seul!) a produit au moins deux juvéniles.
  • 1 Grive fauve
  • 3 Grives à dos olive
  • 3 Moqueurs chats
  • 65 Étourneaux sansonnets
  • 17 Jaseurs d’Amérique
  • 1 Paruline à joues grises
  • 14 Parulines masquées
  • 3 Parulines flamboyantes
  • 3 Parulines à tête cendrée
  • 5 Parulines jaunes
  • 4 Parulines à croupion jaune
  • 7 Bruants des prés
  • 49 Bruants chanteurs
  • 2 Bruants des marais
  • 8 Goglus des prés
  • 55 Carouges à épaulettes
  • 8 Roselins pourprés
  • 2 Tarins des pins
  • 43 Chardonnerets jaunes

Lundi matin, je me suis offert une longue promenade à vélo à travers La Pocatière. La fin de juillet marque le pic de la nidification pour les Jaseurs d’Amérique et les Chardonnerets jaunes et c’était encore très évident durant cette excursion. Les chardonnerets sont volubiles dès leur arrivée sur les territoires de nidification en mai, mais ils attendent habituellement que les plantes soient assez développées pour produire les graines nécessaires au nourrissage des jeunes pour commencer à nicher. Lundi, plusieurs mâles ont été vus en plein vol nuptial, le seul moment de l’année où ils ne pratiquent pas le vol ondulé!
En terminant ma randonnée, j’ai parcouru cinq kilomètres de piste cyclable sur les battures du fleuve en espérant amasser un total convenable de Bruants de Nelson. Pour un deuxième été consécutif, ce petit passereau typique des marais herbeux salées de la région me semble particulièrement rare. C’est toujours durant les derniers jours de juillet et les premiers d’août que les mâles chanteurs sont les plus expressifs et, normalement, il est relativement facile d’entendre plus d’une quinzaine de mâles chanter le long du trajet que j’ai parcouru. Cette fois, j’ai eu de la difficulté à en trouver cinq!!! Le marais côtier est complètement étouffé par la croissance explosive des Roseaux communs et le territoire propice à la nidification du Bruant de Nelson à La Pocatière représente maintenant moins du dixième de ce qu’il était il y a 20 ans. L’habitat où un Râle jaune a chanté durant tout l’été 1995 n’existe carrément plus! Les roseaux ont commencé par croître sur les parties les plus hautes des battures, mais ils ont fini par combler les dépressions où l’eau salée des grandes marées réussissait à contenir leur expansion. Maintenant, il y en a partout! Personne ne semble préoccupé par cette perte d’habitat. Le seul truc que j’ai entendu pour limiter la propagation des roseaux est de planter des arbres parce que cette plante ne pousse pas à l’ombre…! Mais ce n’est pas d’une forêt que les Bruants de Nelson et les Râles jaunes ont besoin, c’est d’un marais herbeux salé!!!... Dommage que ces oiseaux ne soient pas aussi payants que les canards!

J’ai donc terminé la première excursion de mes vacances sur cette note tristounette. Mais j’ai tout de même vu 61 espèces à La Pocatière lundi le 25 juillet entre 5 h 00 et 11 h 30, parmi lesquelles :
  • 5 Bernaches du Canada
  • 1 Gélinotte huppée
  • 1 Busard Saint-Martin
  • 3 Bécassines de Wilson
  • 16 Tourterelles tristes
  • 2 Colibris à gorge rubis
  • 1 Faucon émerillon
  • 2 Moucherolles à ventre jaune
  • 17 Moucherolles des aulnes
  • 1 Moucherolle phébi
  • 1 Viréo à tête bleue
  • 25 Viréos aux yeux rouges
  • 2 Hirondelles bicolores
  • 3 Hirondelles à front blanc
  • 7 Hirondelles rustiques
  • 1 Troglodyte des forêts
  • 3 Roitelets à couronne dorée
  • 3 Merlebleus de l’Est
  • 2 Grives fauves
  • 7 Grives solitaires
  • 40 Merles d’Amérique
  • 3 Moqueurs chats
  • 25 Jaseurs d’Amérique
  • 1 Paruline noir et blanc
  • 1 Paruline obscure – Les Parulines obscures commencent à sortir de leur habitat de nidification!
  • 1 Paruline à joues grises

Paruline à joues grises (Nashville Warbler – Oreothlypis ruficapilla)
La Pocatière – 25 juillet 2016 © Claude Auchu
  • 30 Parulines masquées
  • 2 Parulines jaunes
  • 2 Parulines à flancs marron

Paruline à flancs marron (Chestnut-sided Warbler – Setophaga pensylvanica)
La Pocatière – 25 juillet 2016 © Claude Auchu
  • 1 Paruline bleue
  • 1 Paruline à gorge noire
  • 25 Bruants familiers
  • 1 Bruant des plaines – Le mâle trouvé à la fin de mai chantait encore au même endroit. Le deuxième oiseau, découvert en bordure de la ville le 8 juillet, n’a pas été entendu depuis le 12.
  • 8 Bruants des prés
  • 5 Bruants de Nelson – Le 29 juin 2004, sur le trajet que j’ai parcouru lundi, Christiane avait réussi à compter 37 individus! Ce n’est pas qu’une chute de la population, c’est carrément un crash!!!
  • 60 Bruants chanteurs
  • 5 Bruants des marais
  • 7 Bruants à gorge blanche
  • 1 Junco ardoisé
  • 3 Cardinaux à poitrine rose

Cardinal à poitrine rose (Rose-breasted Grosbeak – Pheucticus ludovicianus)
La Pocatière – 25 juillet 2016 © Claude Auchu
  • 3 Goglus des prés
  • 80 Carouges à épaulettes
  • 28 Quiscales bronzés
  • 12 Roselins pourprés
  • 60 Chardonnerets jaunes

Durant ces trois excursions, certaines parulines mâles au plumage usé ont été vues chantant en dehors de leur habitat. Ces oiseaux ont commencé à errer en cherchant à accumuler assez d’énergie pour effectuer leur migration automnale. L’été achève, mais le beau temps s’en vient! 

mardi 6 octobre 2015

Macareux moines et Bécassin à long bec

Dès le début de la semaine dernière, les météorologues annonçaient des vents parfois forts du nord-est pour la période allant de jeudi à dimanche. Des vents du nord-est en automne sont souvent annonciateurs de visiteurs ailés provenant du golfe Saint-Laurent. Les jours passaient et, à ma grande surprise, les prévisions semblaient se concrétiser! Allions-nous avoir la chance de bénéficier de vents favorables pour samedi et dimanche? Oui, c’est bien ce qui est arrivé et nous en avons pleinement profité!!!

C’est bien sûr vers Rivière-Ouelle que nous nous sommes dirigés tôt samedi matin. Tout était en place pour nous permettre de savourer les différents sites de la municipalité durant la matinée. Un bon vent souvent franchement nord-est soufflait à près de 30 km/h au quai, le soleil derrière nous était particulièrement ardent, la visibilité au large était très bonne et certains des oiseaux attendus se déplaçaient souvent tout près du quai; que demander de plus???
Avec de si beaux vents du nord-est, la question est toujours la même : réussirons-nous à observer les oiseaux efficacement à partir du bout du quai? Pour nous qui cherchons toujours à identifier les oiseaux circulant le plus loin possible au large, il est important de limiter au maximum les vibrations que le vent impose au télescope et, bien sûr, à nous-mêmes. Nous devons donc trop souvent nous abriter quelque part à la base du quai pour augmenter notre efficacité. Après tout, les 150 mètres du quai ne changent pas grand chose à la distance que nous couvrons avec nos instruments optiques. Il n’y a en fait qu’un seul vrai problème avec cette stratégie : il est alors pratiquement impossible de photographier les oiseaux aquatiques que nous sommes venus voir. Mais, étant avant tout des observateurs d’oiseaux et non des photographes, la décision entre effectuer une observation intéressante et réussir une belle photo est très facile à prendre : allons-y pour l’observation!
Il est vraiment surprenant de constater les similitudes entre nos observations de samedi avec celles que nous avons effectuées le 4 octobre de l’an dernier, il y a donc pratiquement un an jour pour jour, sous des conditions de vents similaires. Plusieurs des commentaires que j’avais inscrit dans mon blog l’an dernier peuvent très bien s’appliquer cette année encore, autant pour la rareté des canards de mer et des passereaux que pour la présence de multiples individus de l’espèce vedette de la journée.

À Rivière-Ouelle, samedi le 3 octobre, nous avons observé les 44 espèces suivantes entre 6 h 15 et 11 h 50 :
  • 800 Oies des neiges – Les quelques milliers d’oies présentes dans la région il y a une semaine ont de tout évidence levé le camp!
  • 58 Bernaches du Canada
  • 71 Canards noirs
  • 40 Canards colverts
  • 3 Fuligules milouinans
  • 36 Eiders à duvet
  • 59 Macreuses à front blanc
  • 45 Macreuses brunes
  • 1 Garrot à œil d’or
  • 23 Harles huppés
  • 114 Plongeons catmarins
  • 6 Plongeons huards
  • 3 Grèbes jougris
  • 1220 Cormorans à aigrettes – Comme il arrive souvent, des groupes atteignant les 200 individus migraient vers le sud-ouest en passant très haut au-dessus des terres au lever du soleil. Ces déplacements ont cessé très tôt en matinée.
  • 2 Grands Hérons
  • 13 Urubus à tête rouge
  • 3 Pluviers argentés
  • 10 Pluviers bronzés
  • 57 Pluviers semipalmés
  • 2 Bécasseaux variables

Bécasseaux variables (Dunlins – Calidris alpina) 
et Pluvier semipalmé (Semipalmated Plover – Charadrius semipalmatus)
Rivière-Ouelle – 3 octobre 2015 © Claude Auchu
  • 1 Bécasseau à croupion blanc
  • 3 Bécasseaux semipalmés

Bécasseaux semipalmés (Semipalmated Sandpipers – Calidris pusilla)
Rivière-Ouelle – 3 octobre 2015 © Claude Auchu
  • 2 Labbes parasites
  • 100 Petits Pingouins – C’est exactement 1oo Petits Pingouins que nous avons comptés à Rivière-Ouelle samedi matin. Comme ce fut le cas l’an dernier, ce nombre constitue un nouveau record personnel du plus grand nombre d’individus pour cette espèce en automne.
  • 5 Guillemots à miroir
  • 5 Macareux moines – Ce sont eux les vedettes de la journée! L’an dernier, le 4 octobre, nous avions réussi à compter le nombre incroyable de 11 macareux au large du quai. Et voilà qu’en 2015, pratiquement à la même date, nous réussissons en en voir cinq autres!!! Il s’agit de ma 11e mention à Rivière-Ouelle (et la 10e pour Christiane et moi depuis 2008), toutes comprises entre le 21 septembre et le 7 novembre. Pour être encore plus précis, sept observations ont été faites entre le 2 et le 12 octobre; donc, si vous souhaitez voir des macareux à partir de la terre ferme sans vous rendre sur la Basse-Côte-Nord, vous savez maintenant où aller et quand y aller! Un fois que l’on connaît bien son jizz, le macareux est relativement facile à identifier même à grande distance. Son corps plus trapu que celui du Petit Pingouin, sa grosse tête noirâtre amplifiée par la présence du collier et les couvertures sous-alaires sombres lui donnent une allure bien particulière où la couleur blanche est étrangement réduite pour un alcidé. L’abbé René Tanguay avait capturé un spécimen à Saint-André-de-Kamouraska le 15 mai 1949 et un autre aux îles Pèlerin le 22 mai 1950, des dates bien étranges pour ces oiseaux dans la région.
  • 2 Mouettes de Bonaparte
  • 700 Goélands à bec cerclé
  • 10 Goélands argentés
  • 15 Goélands marins
  • 1 Sterne pierregarin – Un adulte tardif circulait encore au large du quai.
  • 120 Corneilles d’Amérique
  • 5 Grands Corbeaux
  • 4 Alouettes hausse-col
  • 12 Mésanges à tête noire
  • 2 Roitelets à couronne dorée
  • 25 Étourneaux sansonnets
  • 10 Parulines à croupion jaune
  • 7 Bruants chanteurs
  • 3 Bruants à gorge blanche
  • 2 Bruants à couronne blanche
  • 7 Juncos ardoisés
  • 1 Chardonneret jaune

Il n’y avait pas que des oiseaux qui se déplaçaient au large de Rivière-Ouelle samedi matin. Nous avons aussi eu de très beaux coups d’œil sur le Queen Mary 2, cet immense édifice flottant, qui se dirigeait vers Québec!

Et pour dimanche, valait-il vraiment la peine de gaspiller une matinée de vent favorable pour nous concentrer sur les passereaux, comme nous l’avions initialement prévu? Surtout que nous n’en avons rencontré très peu samedi, malgré des efforts louables… Tant pis pour les passereaux, nous avons décidé de retourner à Rivière-Ouelle dimanche en nous attardant au quai tant qu’il y aura des oiseaux. Avec le vent qui soufflait à peine du nord-est, nous n’avons pas été vraiment surpris de constater que les oiseaux étaient beaucoup moins mobiles que la veille. Mais, avec des conditions aussi belles et la marée qui montait lentement, nous sommes demeurés sur place durant près de cinq heures sans jamais nous ennuyer.
Puisque les oiseaux marins se déplaçaient au ralenti et que les passereaux avaient déclaré forfait dès le départ, c’est finalement un limicole qui a retenu l’attention! Un Bécassin à long bec surgit de nulle part a appris que Christiane, moi et Jean-François Rousseau (qui a passé une partie de la matinée avec nous) étions vraiment prêts à tout!

Dimanche le 4 octobre, notre excursion à Rivière-Ouelle s’est étirée de 6 h 10 à 11 h 55 et nous aura permis de voir ces 44 espèces, le même nombre que la veille :
  • 7 Oies des neiges
  • 1 Canard d’Amérique
  • 23 Canards noirs
  • 9 Canards colverts
  • 4 Sarcelles d’hiver
  • 11 Fuligules milouinans
  • 46 Eiders à duvet
  • 48 Macreuses à front blanc
  • 26 Macreuses brunes

Macreuses brunes  (White-winged Scoters – Melanitta fusca)
Rivière-Ouelle – 4 octobre 2015 © Claude Auchu
  • 9 Garrots à œil d’or
  • 13 Harles huppés
  • 214 Plongeons catmarins – Les catmarins étaient bien en évidence dimanche matin. Certains oiseaux se déplaçaient d’un vol direct, mais plusieurs étaient simplement posés à l’eau en paire ou en trio. Quelques oiseaux ont même lancé leur long cris caractéristique que nous entendions probablement pour la première fois durant l’automne.
  • 6 Plongeons huards
  • 1 Grèbe esclavon
  • 121 Cormorans à aigrettes
  • 5 Grands Hérons – Il est plutôt étrange d’avoir vu si peu de Grands Hérons durant la fin de semaine.
  • 1 Balbuzard pêcheur – Un oiseau migrait vers le sud-ouest au-dessus du fleuve. Il nous est arrivé à plusieurs reprises de voir des balbuzards arriver directement de la rive nord en automne, ce que très peu de rapaces osent faire.
  • 59 Pluviers semipalmés
  • 6 Bécasseaux variables
  • 2 Bécasseaux à croupion blanc
  • 2 Bécasseaux semipalmés
  • 1 Bécassin à long bec – L’observation et l’identification du bécassin se sont faites très rapidement. En voyant un petit groupe de limicoles se diriger vers nous, Jean-François a lancé : « Y’a un bécassin! », ce à quoi j’ai répondu : « À cette date, ce doit être un long bec! » et Christiane a ajouté : « Il crie!!! ». Effectivement, le bécassin lançait des « kik kik kik », tout ce dont nous avions besoin pour confirmer son identification! Le bécassin et les petits limicoles qui l’accompagnaient ont fait demi-tour pour disparaître vers l’est, sans se poser. Il s’agit de la quatrième mention connue de l’espèce pour Kamouraska-L’Islet, les précédentes provenant de Kamouraska (septembre 2011 et mai 2014) et Rivière-Ouelle (novembre 2012).
  • 18 Petits Pingouins
  • 3 Guillemots à miroir
  • 1 Mouette de Bonaparte
  • 200 Goélands à bec cerclé
  • 15 Goélands argentés
  • 15 Goélands marins
  • 2 Tourterelles tristes
  • 1 Pic mineur
  • 1 Pic flamboyant
  • 1 Geai bleu
  • 46 Corneilles d’Amérique
  • 3 Grands Corbeaux
  • 9 Alouettes hausse-col
  • 2 Mésanges à tête noire
  • 1 Merle d’Amérique
  • 110 Étourneaux sansonnets
  • 3 Pipits d’Amérique
  • 5 Bruants chanteurs
  • 3 Bruants à gorge blanche
  • 5 Juncos ardoisés
  • 50 Carouges à épaulettes
  • 1 Chardonneret jaune

Nous avons trouvé surprenant d’avoir vu si peu d’oiseaux dimanche, par des conditions d’observation vraiment idéales. Est-ce que la majorité des macareux et des pingouins présents samedi ont eu le temps de quitter la région avant que les vents ne faiblissent? À moins que ce ne soit justement la faiblesse des vents qui soit en cause et que les alcidés étaient simplement posés à l’eau, comme le font souvent les Plongeons catmarins. Un macareux posé au milieu d’un fleuve large de 14 kilomètres n’est sûrement pas facile à voir du rivage…
Du côté des espèces ratées samedi et dimanche, nous devrions avoir le temps de nous reprendre pour les passereaux, les bruants en particulier. Et le nombre de canards de mer devrait augmenter considérablement d’ici deux semaines. Mais, de toute façon, nous serons sur place pour vérifier!

mardi 8 septembre 2015

Des canards pour samedi, des parulines pour dimanche et des bécasseaux pour lundi

La longue fin de semaine de la Fête du travail se trouve dans l’une des périodes de l’année où la diversité d’espèces aviaires est la plus élevée. Pour moi, elle est à l’automne ce que la fin de semaine de la Fête des Patriotes est au printemps. Les personnes possédant suffisamment de temps libre ou encore le don d’ubiquité peuvent réussir à cumuler une très grande diversité d’espèces au début de septembre. Comme nous ne disposons ni de l’un ni de l’autre, nous nous débattons comme nous le pouvons pour réussir à profiter à plein de nos fins de semaine. Il n’est pas toujours facile de réussir à faire fusionner la température, la direction des vents, le taux d’humidité, la marée, etc. avec nos autres obligations pour rendre nos excursions les plus profitables possible. En fait, les seules choses qui ne nous font jamais défaut sur le terrain sont notre enthousiasme et notre fébrilité.

Samedi matin, nous avons débuté les trois jours de congé par notre sortie hebdomadaire à Rivière-Ouelle, en espérant que les vents du nord-est des deux jours précédents aient encore un impact. Ce ne fut peut-être pas le cas, mais le vent faible du sud-ouest n’était pas du tout gênant et la visibilité au large était excellente. En plus des canards, les limicoles et les passereaux aussi étaient présents, mais en petit nombre.

Voici une partie des 55 espèces que nous avons trouvées à Rivière-Ouelle, samedi le 5 septembre entre 5 h 20 et 11 h 20 :
  • 35 Bernaches du Canada – Nos premières migratrices de l’automne. Les bernaches sont encore assez rares dans ma région durant l’été pour nous permettre de faire facilement la différence entre les estivantes et les migratrices.
  • 22 Canards noirs
  • 12 Canards pilets
  • 6 Fuligules milouinans
  • 41 Eiders à duvet
  • 14 Macreuses à front blanc
  • 1 Macreuse brune
  • 1 Harle couronné
  • 103 Plongeons catmarins – Nous avons été plutôt surpris d’avoir réussi à faire grimper notre total de catmarins jusqu’à la centaine d’individus. Comme c’est souvent le cas lors des matinées de vents faibles, la majorité des oiseaux dérivaient posés à l’eau au large du quai. Ils passaient donc tout doucement et discrètement devant nous, en petits groupes allant jusqu’à cinq oiseaux. À ce rythme, le total ne grimpe que lentement!
  • 3 Plongeons huards
  • 1 Grèbe jougris
  • 1 Fou de Bassan
  • 192 Cormorans à aigrettes
  • 37 Grands Hérons
  • 2 Urubus à tête rouge
  • 23 Pluviers semipalmés

Pluvier semipalmé (Semipalmated Plover – Charadrius semipalmatus)
Rivière-Ouelle – 5 septembre 2015 © Claude Auchu
  • 2 Chevaliers grivelés
  • 3 Grands Chevaliers
  • 1 Courlis corlieu – À Rivière-Ouelle, les courlis ne sont que rarement vus au sol. Ils sont habituellement repérés à leurs cris et (parfois) vus en vol.
  • 19 Bécasseaux semipalmés – Ils me semblent particulièrement peu communs cet automne, à moins qu’ils ne fassent halte dans la région que durant la semaine?!?
  • 4 Mouettes de Bonaparte
  • 500 Goélands à bec cerclé – Nous avons encore trouvé un autre oiseau bagué provenant de la région de Varennes. L’an dernier, cet individu avait également été trouvé à Rivière-Ouelle, pratiquement au même endroit, par un ami.
  • 2 Sternes pierregarins
  • 1 Pic mineur
  • 1 Pic flamboyant
  • 2 Faucons émerillons
  • 1 Moucherolle tchébec
  • 6 Geais bleus
  • 6 Grives fauves – Elles ont encore une fois été entendues avant le lever du soleil, au cours d’un arrêt près d’une zone buissonneuse.
  • 1 Grive à dos olive
  • 1 Pipit d’Amérique – Nous l’avions presque oublié celui-là! Pourtant, l’arrivée du premier pipit migrateur au début de septembre est tout à fait dans les normes.
  • 2 Parulines à joues grises
  • 5 Parulines masquées
  • 1 Paruline flamboyante
  • 1 Paruline à tête cendrée
  • 1 Paruline à poitrine baie
  • 1 Bruant de Lincoln
  • 8 Carouges à épaulettes
  • 9 Chardonnerets jaunes

C’est finalement dimanche matin que nous avons fait notre randonnée dédiée aux oiseaux forestiers que nous remettions depuis quelques fins de semaine. La température chaude a rendu cette promenade très agréable et l’absence presque totale de vent a grandement aidé au repérage des oiseaux. Notre circuit à vélo n’aura été que de 12 kilomètres que nous avons parcourus en cinq heures, à un rythme très lent. En fait, nous avons marché à côté du vélo durant le tiers du trajet.
Nous faisons ce même trajet à bicyclette au moins une fois par année (ce serait bien plus si nous en avions le temps!) depuis plusieurs années. Les habitats traversés sont surtout composés de jeunes forêts et de milieux champêtres, seulement de très petites parcelles de boisés matures sont visitées. Mais, justement, dans un secteur composé de grands mélèzes, nous avons décidé de prendre un petit chemin privé pour aller voir où il conduisait. À notre grand étonnement, nous nous sommes retrouvés en quelques tours de roue dans un petit bûché, un format réduit de ceux que nous visitons durant l’été à la recherche de Parulines à couronne rousse, de Mésangeais du Canada et d’autres espèces typiques des forêts de conifères ouvertes. Nous n’avons donc été qu’à moitié surpris d’y trouver, vous l’aurez deviné, deux mésangeais et quatre Parulines à couronne rousse! La présence simultanée de quatre Moucherolles phébis et d’une Tourterelle triste chanteuse nous rappelait que des milieux agricoles se trouvaient juste à côté.

Dimanche le 6 septembre, entre 5 h 55 et 11 h 00, nous avons trouvé 50 espèces lors de notre excursion aux passereaux à Saint-Onésime. En voici un échantillon :
  • 1 Plongeon huard – À notre arrivée, il survolait le village en criant.
  • 1 Busard Saint-Martin
  • 1 Martin-pêcheur d’Amérique
  • 4 Pics maculés – Un juvénile, bien installé au sommet d’un poteau électrique, a quitté son perchoir à plusieurs reprises pour aller capturer des insectes en vol! Les Sphyrapicus ont vraiment des comportements étranges!!!
  • 2 Pics mineurs
  • 1 Pic chevelu
  • 8 Pics flamboyants
  • 3 Moucherolles tchébecs
  • 6 Moucherolles phébis
  • 5 Viréos à tête bleue
  • 4 Viréos aux yeux rouges
  • 2 Mésangeais du Canada
  • 59 Geais bleus – Ils étaient omniprésents; il aurait vraiment fallu être aveugles et sourds pour les rater! Christiane s’est fait un plaisir de les noter l’un après l’autre dans son petit calepin.
  • 35 Mésanges à tête noire
  • 12 Sittelles à poitrine rousse
  • 5 Roitelets à couronne dorée
  • 4 Roitelets à couronne rubis
  • 6 Merlebleus de l’Est – Quatre immatures se nourrissaient ensemble près d’une grange. Deux oiseaux avaient presque entièrement acquis leur plumage adulte, alors que les deux autres étaient en plumage juvénile encore frais. Ces derniers étaient donc sortis du nid depuis très peu de temps. Il est connu que les oisillons de la première nichée aident parfois au nourrissage de ceux de la deuxième; il aurait été intéressant de savoir si ce fut le cas avec ces deux nichées!

Merlebleu de l’Est, juvénile (Eastern Bluebird – Sialia sialis)
Saint-Onésime – 6 septembre 2015 © Claude Auchu

Merlebleu de l’Est, juvénile en mue (Eastern Bluebird – Sialia sialis)
Saint-Onésime – 6 septembre 2015 © Claude Auchu
  • 1 Grive fauve
  • 1 Grive à dos olive
  • 1 Grive solitaire
  • 53 Merles d’Amérique
  • 7 Moqueurs chats
  • 74 Jaseurs d’Amérique – Les jaseurs également étaient présents en bon nombre, gobant autant les insectes en vol que les fruits des Cerisiers à grappes.
  • 3 Parulines obscures
  • 8 Parulines à joues grises
  • 23 Parulines masquées

Paruline masquée (Common Yellowthroat – Geothlypis trichas)
Saint-Onésime – 6 septembre 2015 © Claude Auchu
  • 2 Parulines flamboyantes
  • 1 Paruline tigrée
  • 2 Parulines à collier
  • 7 Parulines à tête cendrée
  • 1 Paruline à gorge orangée
  • 5 Parulines à flancs marron
  • 2 Parulines bleues – Ces deux mâles chantaient encore.
  • 4 Parulines à couronne rousse

Paruline à couronne rousse (Palm Warbler – Setophaga palmarum)
Saint-Onésime – 6 septembre 2015 © Claude Auchu
  • 12 Parulines à croupion jaune
  • 1 Paruline à gorge noire
  • 1 Cardinal à poitrine rose
  • 1 Goglu des prés
  • 8 Roselins pourprés
  • 16 Chardonnerets jaunes

Encore une fois, cette belle promenade nous a fourni un nombre relativement peu élevé de parulines. Mais c’est dans l’air du temps, les insectivores néo-tropicaux sont de moins en moins nombreux. Au début des années 1980, lorsque j’ai commencé à vraiment m’intéresser aux parulines automnales, n’importe quel boisé en bordure de la ville de La Pocatière abritait assez de parulines pour me tenir occupé durant une demi-journée. Maintenant, ces boisés sont pratiquement désertés par les parulines et il est plus prudent d’aller les chercher à l’intérieur des terres si l’on ne veut pas être déçu!
Autre fait notable, le petit nombre de fringillidés s’est limité à quelques Chardonnerets jaunes et Roselins pourprés. L’hiver dernier ayant été très riche en granivores, il est tout à fait normal de s’attendre à ce que la prochaine saison froide soit beaucoup plus tranquille. Cependant, certaines épinettes ont produit beaucoup de cônes; des oiseaux finiront bien par les trouver!

Avec l’arrivée de l’humidité et des vents dimanche en fin de journée, le projet que nous avions pour lundi semblait de toute façon le seul réalisable. Nous nous sommes rendus à Kamouraska en fin d’avant-midi afin de profiter de la marée haute pour inspecter les oiseaux de rivage présents. En bordure du fleuve, la fraîcheur faisait du bien, mais les vents de 45 km/h et les rafales à 60 rendaient les conditions plutôt instables! Heureusement, les oiseaux, bien que très nerveux, ont pu être vus de près.

Voici la liste des oiseaux de rivage notés à Kamouraska lundi le 7 septembre entre 10 h 30 et 12 h 30 :
  • 100 Pluviers argentés
  • 1 Pluvier bronzé – Un adulte essayait de passer inaperçu parmi les Pluviers argentés.
  • 10 Tournepierres à collier

Un adulte à gauche et un juvénile à droite
Tournepierres à collier (Ruddy Turnstone – Arenaria interpres)
Kamouraska – 7 septembre 2015 © Claude Auchu
Tournepierre à collier (Ruddy Turnstone – Arenaria interpres)
Kamouraska – 7 septembre 2015 © Claude Auchu
  • 58 Bécasseaux maubèches – Au moins deux adultes ont été repérés parmi les Bécasseaux maubèches.
  • 4 Bécasseaux sanderlings
  • 2 Bécasseaux variables
  • 10 Bécasseaux semipalmés

Une matinée dédiée aux oiseaux aquatiques, une autre aux passereaux et une autre pour les limicoles. Oui, ce fut une fin de semaine réussie! Nous aurions préféré réunir ces trois groupes d’oiseaux en une même excursion, ce qui est parfois possible lors des rares journées où toutes les conditions gagnantes sont réunies. Autrement, puisque ce sont durant les deux ou trois premières heures après le lever du soleil que les oiseaux sont les plus actifs, il nous faut plusieurs sorties pour avoir une idée réelle des espèces présentes dans la région à un moment précis. Et, puisque c’est toujours ce que j’essaie de réussir, j’aurais bien besoin du don d’ubiquité!